La musique, le cerveau et nous
Lu dans le Nouvel Obs n°2305, une interview d’Oliver Sacks, neurologue britannique :
“N. O. - Ce qu’on a entendu dans la petite enfance peut rester«gravé» à tout jamais dans la mémoire. Sommes-nous condamnés à être hantés par la musique ?
O. Sacks. - On constate effectivement, y compris chez des gens relativement dépourvus d’«oreille musicale», une tendance involontaire à retenir et à «rejouer» (mentalement) certaines musiques, surtout celles qu’ils ont entendues dans leur prime enfance. La plupart des gens ont dans la tête une sorte de fond musical - des mélodies ou fragments de mélodies qui forment un arrière-plan intermittent, voire permanent, à leurs pensées et à leurs émotions - même si, le plus souvent, ils n’en sont guère conscients. Cela peut à l’occasion devenir une nuisance «sonore», comme dans le cas des scies, ces rengaines énervantes qui nous poursuivent pendant des jours. Néanmoins, j’ai tendance à penser qu’entendre de la musique dans sa tête produit des effets globalement positifs. Comme l’écrit Anthony Storr dans son grand livre «Music and the Mind», la musique intérieure peut soulager l’ennui, donner un rythme aux gestes et aux mouvements, diminuer la lassitude, redonner le moral - et aussi établir des connexions avec un inconscient profondément enfoui.”
Ainsi, notre responsabilité de parents est plus qu’importante. Ai-je raison de faire écouter à ma fille du Chopin par exemple ? Que dois-je penser quand elle se retourne vers moi, à 5 et demi, et me dit spontanément en écoutant la 1ère ballade de Chopin : “C’est beau, hein ?”. J’ai beau lui faire écouter du Webern, que je trouve par ailleurs sublime, l’effet n’est pas le même : elle s’ennuie. Est-elle déjà conditionnée, bien que son oreille soit si jeune ?
A.D.

J’ai de très bons amis, parents de deux charmants bambins (5 et 2 ans). A chaque fois que je rends visite à cette petite famille, en fond sonore, passent en boucle des best-of de Carlos, Annie Cordy… “Ca calme les enfants”, dixit la maman. J’étais perplexe. Maintenant que j’ai lu cet extrait d’interview, j’ai un coup de blues.