Mantovani se prête au jeu des Victoires

Rencontre avec le jeune compositeur français primé aux dernières Victoires de la musique pour une oeuvre sans concession.

Bruno Mantovani a accepté de jouer le jeu des victoires de la musique classique, pourtant si éloignées de l’esprit de recherche et de découverte de la scène contemporaine française. Bien lui en a pris puisque ce diplômé du CNSM de Paris, auteur de plus d’une cinquantaine de pièces de musique dite « contemporaine », allant du solo à l’opéra, a reçu dimanche la victoire du compositeur de l’année pour son œuvre Streets, dédiée notamment à Pierre Boulez.

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Bruno Mantovani aux Victoires de la musique à Metz © Arnaud Drillon 2009

La musique de cet artiste français de 34 ans se veut profondément enracinée dans son temps. « Rien de plus ridicule qu’écrire une musique qui correspondrait à la façon dont on vivait il y a 50 ans », nous confie-t-il. Spontanément, il écrit la musique qu’il a envie d’entendre et qui n’existe pas déjà. Elle se veut dense, complexe, subtile, étourdissante – à l’image de ce qui nous entoure, de notre époque, de notre société et de notre façon de vivre. « Le passé a du poids pour les gens qui ne le connaissent pas » affirme Mantovani. Inutile donc de lui parler d’une nostalgie du passé pour cet iconoclaste qui s’ennuie moins à la ville qu’en pleine nature.

Ancien pensionnaire de l’IRCAM, il se réclame en riant « autant de Beethoven que de Prince » et ne se définit pas uniquement comme un compositeur « français ». Bien sûr, sa musique jouée à l’étranger peut résonner aux oreilles de certains comme une musique française, avec son goût de l’orchestre et des couleurs. Mais derrière cette image un peu facile, Mantovani avoue se nourrir à la source de compositeurs austro-allemands comme Haydn, Mozart, Beethoven, Schumann, Schoenberg, Berg et Webern, pour mieux exprimer le tourbillon de notre époque dans une musique complètement atonale. Il préfère laisser les facettes debussyste ou ravélienne d’une certaine musique française à ses confrères qui veulent bien l’accepter. Venu à la musique par la découverte fortuite de Beethoven, il refuse de se laisser entrainer dans un courant : « Il y a autant de courants que de compositeurs, et c’est ça qui est passionnant ».

Dimanche, c’est avec une certaine joie que Mantovani s’est saisi du trophée des victoires de la musique, même si les représentants de la musique contemporaine nommés (Karol Beffa, Philippe Hersant) ou présents dans la salle n’ont pas eu le plaisir d’avoir leur musique jouée, si ce n’est le seul Eric Tanguy. “Quand je vois que Pierre-Laurent Aimard a une Victoire alors qu’il a passé plus de la moitié de sa vie à jouer de la musique contemporaine, il y a quand même beaucoup d’espoir“, a-t-il dit rageusement. Reste maintenant à espérer qu’il soit entendu. Peut-on imaginer du Mantovani en ouverture des 17e victoires de la musique classique l’année prochaine ?

A suivre :

  • Création le 6 mars à la Maison de la Radio du Concerto pour 2 altos et orchestre par Antoine Tamestit et Tabea Zimmermann, et l’Orchestre Philharmonique de Radio France sous la direction de Pascal Rophé.
  • Création le 11 juin 2009 salle Pleyel par l’Orchestre de Paris de l’œuvre Le Livre des illusions en hommage au cuisinier catalan Ferran Adrià (commande Ircam - Centre Pompidou)

Arnaud Drillon

L’article en ligne sur france2.fr/france3.fr :
http://culture.france2.fr/musique-classique/actu/51477995-fr.php

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