Lang Lang toujours plus haut

Le célèbre label allemand à la marque jaune, Deutsche Grammophon, vient d’éditer un enregistrement réussi des deux Concerto pour piano et orchestre de Chopin (janvier 2009). Lang Lang tient le piano et Zubin Mehta dirige l’orchestre Philharmonique de Vienne.

Lang Lang sortant de sa loge à Metz ©Arnaud Drillon 2009

Lang Lang sortant de sa loge à Metz © Arnaud Drillon 2009

Le pianiste chinois a semble-t-il trouvé une forme de maturité plutôt séduisante. Ne revenons pas sur sa technique, tant sa maîtrise de l’instrument est entendue. Les ornements de Chopin (ses fameuses petites notes) sont gracieux et joués avec virtuosité. Son rubato, bien équilibré, est accompagné d’un piano oscillant du murmuré, à peine audible, au forte savamment dosé, dans un style très coulant. La poésie de Lang Lang semble donc faire son chemin et il faut le reconnaître, de bien jolies couleurs apparaissent. Son piano chante souvent, notamment sur le larghetto du 2e concerto en fa mineur– son mouvement préféré. Bref, une belle interprétation, à mille lieux de ses précédentes prestations, très critiquées et à juste titre (Rachmaninov, sucré à souhait ou encore Tchaïkovski).

Le Philharmonique de Vienne est lui aussi très bien en place, même si Zubin Mehta n’apporte que peu de relief et de caractère à l’écriture orchestrale de Chopin, réduite au seul accompagnement du pianiste dans un style très classique.

Au-delà de la performance pianistique, Lang Lang pose la question de l’apprentissage du piano, et de la musique en général. L’effort, le travail et les sacrifices consentis par tout apprenti musicien sont importants. Mais que penser d’une éducation musicale basée sur l’esprit de compétition (que de prix et de concours remportés !) et sur l’ascèse pianistique quasi militaire imposée par son père ? Avec la publication de son autobiographie, rédigée à 26 ans (Le piano absolu, Lattès, 2008), il a sans doute voulu tirer un trait sur ce passé un peu étouffant et oublier peut-être le soir où son père lui a demandé de se suicider, alors qu’il n’avait que dix ans, parce que son professeur ne voulait plus de lui comme élève.

Lang Lang est sympathique, ouvert et accessible pour l’avoir rencontré. La vidéo de l’enregistrement de ces deux Concerto nous montre un pianiste dévorant chaque mesure avec une gourmandise non feinte. Il ondule sur son siège comme un serpent, se balance en avant et en arrière et roule des yeux de droite à gauche d’un air amusé. Habillé en addidas, son style se veut jeune et décontracté. Sa prestation aux dernières Victoires de la musique classique est à son image et en harmonie avec notre époque : un show, plus qu’un concert, sur une pièce très virtuose et plutôt longue à une heure de grande écoute (plus de 10′)  : la 2ème Rhapsodie hongroise de Liszt. Son interprétation a enthousiasmé le public et à juste titre. Car cela peut séduire et on ne peut rien reprocher à ce style qui fait de lui un vrai ambassadeur, très médiatique, de la grande musique, et pas seulement auprès des plus jeunes.

Lang Lang joue Chopin

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Lang Lang – Chopin
Les Concerto pour piano
Orchestre Philharmonique de Vienne, Zubin Mehta
Un disque Deutsche Grammophon (2009
)

Arnaud Drillon

L’article en ligne sur france2.fr/france3.fr :
http://culture.france2.fr/musique-classique/actu/53765894-fr.php

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