Facteur de pianoforte, un métier rare

Philippe Jolly est facteur de pianoforte à Paris. Il construit des pianos dans le respect de la tradition du XIXe siècle et fulmine contre les pianos modernes, construits dans la hâte et sans passion. Il exposera au salon Musicora au Carrousel du Louvre à Paris, à partir de vendredi et jusqu’à dimanche.

Par la fenêtre de l’atelier de Philippe Jolly dans le XIVe arrondissent de Paris, quelques pianos, en vrac, prennent la poussière. Grand homme à la barbe fournie, cet ancien professeur de philosophie s’est pris de passion pour la fabrication de pianos depuis plus de 20 ans. Mais la construction de pianos modernes ne l’intéresse pas. Il préfère le son plus feutré et plus doux du pianoforte.

Pianoforte Jolly © Arnaud Drillon 2009

Pianoforte Jolly

Successeur du clavecin, le pianoforte est le père du piano moderne. Il connut sont apogée au début du XIXe siècle, à l’époque de Beethoven et Schubert, et trouva une place de choix dans les salons de la bourgeoisie européenne grâce à son esthétique très travaillée. « Il est plus petit et beaucoup moins sonore qu’un piano moderne. Surtout, il résonne différemment : c’est moins métallique et beaucoup plus chaud. » dit-il en jouant quelques accords d’un Prélude de Chopin. Alors que la forme du piano moderne tel que nous la connaissons aujourd’hui s’est figée vers 1880, le pianoforte est l’instrument incontournable de l’époque romantique, de Schubert à Brahms en passant par Gabriel Fauré.

Philippe Jolly © Arnaud Drillon 2009

Philippe Jolly

Philippe Jolly aime rappeler la tradition des facteurs de piano. « Un piano n’est bon que si les matériaux qui le constituent sont de qualité » martèle-il. « La tradition veut que les bois ne soient coupés qu’un seul jour par an, avec un plan de coupe très particulier » dit-il en démontant une table d’harmonie en épicéa. « Stradivarius par exemple sélectionnait son bois avec précaution : il jetait les rondins au sol et écoutait avec attention leur résonance. » ajoute-t-il. Ce passionné ne veut pas entendre parler des pianos modernes constitués d’un mélange hétéroclite de bois, de ferrailles et de plastique, qui nuit à l’ensemble. « Les vernis que j’utilise sont fabriqués à partir de la sève de l’arbre dont le piano est issu. La colle est faite à partir de fragments d’os. C’est un cycle végétalo-animal qui donne son unité au piano », dit-il en ouvrant un pot contenant des os broyés. Bien loin des pianos industriels produits en série par le groupe japonais Yamaha par exemple, chaque piano qu’il construit se veut unique, avec ses propres sonorités et couleurs. « Ce qui m’intéresse, c’est la découverte de nouveaux sons. ». Et de citer Goethe en riant : « Il n’y a de nouveau que ce qui a été oublié ».

Philippe Jolly fait partie des rares facteurs de piano indépendants et reste le seul artisan pour pianoforte à Paris, sur un marché où la demande est faible, contrairement aux clavecins, plus recherchés. Il vit essentiellement de l’entretien et de la réparation de vieux pianos. Il loue également des pianoforte anciens qu’il a lui-même restaurés, pour des concerts sur instruments d’époque.

Musicora 2009

Musicora 2009

Il sera exposant le 20, 21 et 22 mars au salon Musicora au Carrousel du Louvre à Paris et présentera son dernier né, un pianoforte de l’époque de Schubert, sur lequel le pianiste libanais Ziad Kreidy déclinera des pièces du compositeur autrichien.

Samedi 21 Mars 2009 - 12h30 à 13h au Carrousel du Louvre à Paris, salle Cordes et Ames
Ziad Kreidy jouera sur un pianoforte Jolly
Schubert : Impromptu opus 90 n. 1 en do mineur, Impromptu opus 90 n. 4 en la bémol majeur, Klavierstücke D 946 n. 2 en mi bémol majeur.

Arnaud Drillon

1 commentaire

  1. paul dit :

    Bonne continuation et bravo au dernier Facteur sur Paris ,un Metier qui m’aurait bien plus! cdt P.b

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