Fin de concert à la Fnac Musique

La Fnac Musique de Paris fermera définitivement d’ici la fin de l’année. Derrière cette annonce aux conséquences sociales et culturelles désastreuses se cache le modèle économique de la distribution du disque qui est entièrement à repenser depuis l’arrivée du net.

En parcourant les rayons bondés du magasin comme chaque samedi, les vendeurs ne souhaitent pas commenter la nouvelle. L’ambiance feutrée de la Fnac Musique de Paris (12e) se teinte de fatalisme et d’impuissance. Au détour d’une pile de CD, une employée a du mal à contenir son émotion. « Je travaille à la Fnac Bastille depuis l’ouverture. Ici, c’est une petite structure, on est très proche les uns des autres. J’ai du mal à me dire que tout ça va s’arrêter. Et puis, qu’est-ce que je vais faire maintenant ? » lâche-t-elle les yeux brillants. Sur la place de la Bastille, Stéphanie, chanteuse lyrique sort d’une répétition d’un pas cadencé : « La Fnac Bastille est de très loin le meilleur disquaire du tout Paris pour la musique classique, surtout pour l’opéra ! Un grand choix de CD avec des vendeurs - notamment une vendeuse - très informés. Et puis, c’est si pratique, en sortant du boulot… »

La FNAC Musique à Paris

La FNAC Musique à Paris

Un symbole culturel.
Ouverte il y a 19 ans, la Fnac Musique, propriété de Pinault Printemps La Redoute, est la seule Fnac de France spécialisée dans le disque et la vidéo. Installée dans les sous-sols de l’opéra Bastille à Paris, elle se veut discrète, nichée au cœur d’un quartier marqué par les disquaires spécialisés d’antan. Lieu de ralliement des mélomanes, le magasin est reconnu pour son éclectisme musical et son large choix de genres musicaux, notamment en musique classique et contemporaine. Des œuvres rares et précieuses, à contre courant des modes, y sont monnaie courante.

En annonçant la suppression de 168 postes dans ses magasins parisiens, les dirigeants de la Fnac ont confirmé la fermeture de l’enseigne de la place de la Bastille à Paris, employant 60 salariés et spécialisée dans la musique et la vidéo. Cette fermeture prévue pour fin 2009 s’accompagne d’un dispositif de reclassement des salariés dans les 25 magasins d’Ile-de-France ou d’un plan de de formation pour ceux qui le souhaitent. Selon la direction, le magasin souffre directement de la « baisse structurelle du marché du disque, qui atteint 45% au cours des 5 dernières années ». Pour Richard Gaillard, délégué SUD, l’argument ne tient pas. « Même si les temps sont durs, la Fnac continue de gagner de l’argent. Et puis il y a une différence entre la suppression de quelques postes et la fermeture pure et simple d’un magasin. ». Les locaux de la Fnac Musique, lovés dans les entrailles de l’Opéra Bastille sont par ailleurs trop exigus pour envisager une diversification de l’activité du magasin.

Internet, un concurrent direct.
La Fnac a révolutionné la distribution du disque en centralisant l’offre culturelle des grandes villes. L’internet décentralise à nouveau la distribution du disque au profit de petits revendeurs, nés sur le web et qui souffrent moins des frais de structure et de personnels que leurs homologues bien réels.

Yves Riesel - © Aymeric Giraudel / Abeille Musique

Yves Riesel - © Aymeric Giraudel / Abeille Musique

Leur catalogue est toujours plus exhaustif en distribuant un maximum de labels via des partenariats imbattables et intelligents, comme l’explique Yves Riesel, fondateur de AbeilleMusique.fr : «Ce profil commercial original résulte d’une analyse réalisée dès la création de la société, selon laquelle les disques spécialisés sont d’une façon générale, aussi au plan mondial, de plus en plus souvent en porte-à-faux chez les revendeurs en raison de leurs nouveaux impératifs de gestion. Il n’est pas exclu que la commercialisation des disques spécialisés disparaisse peu à peu des magasins et que Internet devienne de facto le meilleur ami de l’amateur de disques. Encore faut-il un site capable de proposer à l’amateur un service de haute qualité, susceptible de suppléer aux conseils des magasins disparus ». Pourquoi se déplacer pour commander un CD à la Fnac Musique alors qu’il est si simple de la commander par internet ?

Les mélomanes vont donc revenir à leurs premières amours et fouiner dans les bacs de leur disquaire de quartier, à la recherche de la perle rare. Sauf qu’aujourd’hui le disquaire de quartier est à un coup de souris, déshumanisé et froid. Est-ce un progrès ?

Arnaud Drillon

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