Richard Strauss le mal aimé

Richard Strauss Burleske Ce disque, c’est l’occasion pour moi d’évoquer ce “pauvre” Richard Strauss (1864-1949). Celui dont on me parle toujours d’un air contrit et avec une certaine pitié  lorsque j’évoque la musique du XXe siècle (en laissant de côté le contexte politique qui n’est pas l’objet de mon propos). Celui qui s’est trompé d’époque, un romantique après l’heure, qui a raté son train, laissant passer Debussy et Schönberg devant lui, à toute allure. Seul, sur le bord de la route, il se serait obstiné à explorer de nouvelles contrées harmoniques, vierges de rien - tellement d’autres sont passés avant lui.

Moi, je lui dis bravo, ne serait-ce que pour ces Quatre derniers lieder (1948). Peut-on condamner son obstination à écrire de la musique avec laquelle il se sentait en osmose - la musique romantique -, lui qui vécut au XXe siècle ? Parfois, j’ai aussi envie d’embrasser Samuel Barber, au hasard. Après tout, on peut encore faire de belles choses avec du “vieux matériel”, non ?

Mais voilà, la question se pose encore aujourd’hui. Quand on voit le touchant Karol Beffa (35 ans) et ses homologues français renouer avec une certaine écriture tonale, quand on voit la musique contemporaine américaine (Glass, Reich - un peu plus âgés et plus new age, certes) développer un sulfureux mélange de musique consonante, rock et techno, et quand on en voit d’autres, persévérer dans un dérivé du sérialisme intégral qui a vidé les salles et divisé les mélomanes, qui donc a raison ?

Si le public décide, la réponse ne fait aucun doute. Quoique. Même l’avant-garde officielle qui renoue avec une certaine consonance chez “les jeunes”, ne remplit pas les salles. Ou certaines, si. Le politiquement correct, quoi.

Parfois, je repense au succès de certaines symphonies de Philip Glass (la Symphony n°5 par exemple, sortie en 1999, brillante et séduisante) avec une vraie interrogation. Et si l’avenir de la musique “savante” n’était justement pas outre-Atlantique ? Car mine de rien, elle réussit une vraie synthèse des genres. Alors, dépassée la vieille Europe  ?

Musique atonale, sérielle, électro-acoustique, minimaliste, post-debussyste pour parler un peu de musique française (Dutilleux, Beffa)…  La musique tonale a de nombreux avatars. Il nous manque juste un génie, un seul - pour faire la synthèse de tout ça, et passer (enfin) à autre chose.

A.D.

P.S. : au passage, ce disque (R. Strauss - Burleske) sorti le 20 novembre 2008, on en dit que du bien (voir la critique sur resmusica.com).

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