Stephen Hough mélange les genres
Le nouveau disque du pianiste anglais décortique le genre de la variation et de la valse dans un étrange patchwork musical.

Stephen Hough n'est peut être pas à sa place chez Beethoven © Stephen Wise
Stephen Hough est à la fois un grand pianiste, un bon compositeur et un génial improvisateur. Connu pour ses transformations des thèmes de Mozart qu’il livre en concert, le dandy anglais né en 1961 s’est peu à peu imposé sur la scène du piano classique, notamment grâce à son interprétation des concertos pour piano de Camille Saint-Saëns.
Son nouveau disque intitulé « Stephen Hough in recital » déroule un programme éclectique et déroutant. D’un côté les Variations Sérieuses de Mendelssohn, dont on fête le bicentenaire de la naissance cette année, et la 32e sonate de Beethoven Op. 111. De l’autre, un aperçu chronologique de la forme dite de « valse » pour piano, dont Stephen Hough prête la paternité du genre à Weber, dans son Invitation à la danse (1819).
Brouillant une fois de plus les cartes, le pianiste anglais, très à l’aise chez Mendelssohn, ne parvient pas à convaincre dans l’une des dernières œuvres pour piano de Beethoven. L’ultime sonate du compositeur allemand apparaît comme apaisée sous les doigts du pianiste et demanderait plus d’intensité et d’engagement, surtout dans le premier mouvement (la sonate n’en comporte que deux). Il se laisse en revanche volontiers emporter par les valses de Saint-Saëns et Chopin, jouant notamment sur les reprises de la fameuse valse Op.64 n°2 du compositeur polonais avec beaucoup d’humour. Il sort également indemne de la Valse oubliée n°1 et de la Mephisto Waltz n°1 de Liszt, tyrannique et bavarde, tant sa technique est sûre et précise.
Lorsque Debussy composa La plus que lente en 1910, il avoua avoir écrit cette valse « pour les innombrables five o’clock où se rencontrent les belles écouteuses auxquelles j’ai pensé ». Malgré ce point commun avec le compositeur français, Stephen Hough surprend par des fortissimo bruyants et des tempi un peu rapides, atténuant la nonchalance d’une œuvre envoutante, très prisée des pianistes.
La découverte de ce disque est sans conteste le petit joyau d’Emmanuel Chabrier, Feuillet d’album (1890), courte pièce très dépouillée, animée d’une vraie langueur poétique parfaitement retranscrite ici par le pianiste anglais.
Stephen Hough in recital
Hyperion / Abeillemusique
Sorti le 12 mars 2009L’article en ligne sur france2.fr/france3.fr :
http://culture.france2.fr/musique-classique/actu/53114698-fr.php
Arnaud Drillon

