Silence, je dors

Pierre Boulez et Maurizio Pollini

Pierre Boulez et Maurizio Pollini

Maurizio Pollini, le grand pianiste, marchait d’un pas alerte sur la scène. Légèrement penché vers l’avant, il galopait de gauche à droite tandis que je prenais le poudre d’escampette, peu de temps après l’entracte. Je profitais lâchement des applaudissements (polis) d’une salle Pleyel pas tout à fait pleine pour prendre l’air et finalement ne pas revenir.

Aller au concert après une journée épouvantable au bureau pour écouter du Berg et du Webern, c’est en soi courageux (sans aucun jugement sur la musique). Mais se farder les ronflements du voisin de derrière ou une ado dont le portable vibre toutes les cinq minutes, c’est au dessus de mes forces. Sans parler de cette femme, qui prise d’une quinte de toux interminable, croyait être couverte par la musique lorsqu’elle décida de fouiller dans son son sac pendant toute la première partie du concert, à la recherche d’un mouchoir introuvable. Non, elle ne se moucha pas. La musique de Schönberg, Berg et Webern est faite de silences qui s’écoutent, d’interrogations qui éclairent, de remises en question qui ébranlent. Peut-être ne sied-elle pas à la forme du concert, parmi les hommes et leurs défauts.

Désolé pour tous les merveilleux artistes qui ont rendu cette soirée vivante. Mais je ne peux rien dire de plus tant je n’étais pas dedans. Sacha Guitry affirmait que “le silence qui suit Mozart est encore du Mozart“. Ce soir là, salle Pleyel, le silence qui suivait Webern, c’était plutôt du Cage : l’insupportable bruit de la salle.

Maurizio Pollini - Perspectives Ensemble intercontemporain - Pierre Boulez
Arnold Schönberg : Six Petites Pièces op.19,
Lied der Waldtaube, Symphonie de chambre op.9
Alban Berg : Quatre Pièces op.5
Anton Webern : Trois Petites Pièces op.11, Concerto op.24, Lieder op.3, op.4 et op. 12, Variations op.27, Symphonie op.21, Cinq Pièces op.10

31/03/2009, Salle Pleyel.

A.D.

1 commentaire

  1. Pierre-Arnaud dit :

    Schönberg, Berg, Webern avec Maurizio. Mais comment peut-on ronfler? Je dirais même plus: comment peut-on faire autre chose qu’être fasciné par une telle musique et un tel interprète! Mais on ne peut pas lutter contre un mauvais environnement…

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