Bach chante encore
Edna Stern propose un Bach décomplexé et sincère qui, sans renouveler le genre, adoucit une musique souvent jugée austère.

N'en déplaise aux baroqueux, le Bach d'Edna Stern sur piano combine modernité et réussite © Julien Mignot
En s’attaquant à une sélection de préludes et fugues du 1er volume du Clavier Bien Tempéré, la pianiste Edna Stern s’offre non seulement la bible des pianistes - agrémentée de quelques chorals, mais surtout une vraie liberté de ton et des choix artistiques forts qu’elle assume complètement.
Jouer du Bach n’est plus une gageure aujourd’hui. Hélène Grimaud, David Greilsammer ou encore Anne Queffélec, autant de noms qui se sont frottés récemment au compositeur allemand, alors que l’on pensait la chose entendue depuis les enregistrements de Glenn Gould dans les années 70.
La musique de Bach, écrite à l’origine pour clavecin, doit se jouer staccato, c’est-à-dire sans pédale. C’est du moins ce que l’on apprend dans les conservatoires. Il y a peu encore, jouer cette musique différemment eut été de fort mauvais goût. Et voilà qu’Edna Stern décide de donner des couleurs quasi-romantiques à son Bach. La pianiste israélienne, qui qualifie la musique du mentor de Leipzig d’ « abstraite », y ajoute sans faillir du rubato – l’art de ralentir et d’accélérer le mouvement tout en restant régulier, de la pédale – c’est à dire de la résonance, et surtout du lyrisme – l’art de faire chanter le piano. Mais cette démarche, ô combien louable et vraiment nouvelle dans le petit monde de l’interprétation de Bach, comporte quelques risques. En recherchant en permanence à faire chanter son texte, elle use parfois son rubato jusqu’à la corde et certaines pièces y perdent quelques plumes. Ainsi, le célébrissime Prélude n°2 en do mineur, noyé dans un faux rythme, tendu et détendu comme un élastique qui perd peu à peu toute forme. Par une pédale trop présente, le 10e Prélude quant à lui se retrouve drapé d’un épais brouillard et le presto final, joué à vive allure, rend le tout méconnaissable.
Mais il y a tant à prendre dans cette petite révolution qu’on aurait tort de bouder son plaisir. Le piano d’Edna Stern est doux et soyeux, charmant et léger. Même si elle préfère ne pas abuser du contrepoint et traiter toutes les voix sur un pied d’égalité, elle reste bien loin des approches mécaniques et scolaires de l’œuvre du compositeur allemand. Son piano à la technique irréprochable fait chanter le grand Jean-Sébastien Bach, ce qui, au fond, ne lui aurait sans doute pas déplu.
L’article en ligne sur france2.fr/france3.fr :
http://culture.france2.fr/musique-classique/actu/53664642-fr.php
Jean-Sébastien BACH (1685-1750)
Nun komm’ der Heiden Heiland
Préludes, Fugues & Chorals
Edna Stern, piano
Zig Zag Territoires
2009
Arnaud Drillon

