Karol Beffa lève le masque

Le compositeur français nous dévoile ses dernières œuvres de musique de chambre, teintées de rythme et de nostalgie.

Karol Beffa

Karol Beffa dans la lignée de Ravel et Dutilleux, si loin de l'influence de Pierre Boulez

L’album Masques est le premier disque entièrement consacré aux seules œuvres de Karol Beffa. Le jeune compositeur français (né en 1973) ne se contente pas seulement d’explorer une musique contemplative et nostalgique. En puisant dans les musiques actuelles, il pare sa musique de rythme, d’énergie et d’envie. Le résultat est très convaincant.

Karol Beffa cultive le goût de l’harmonie, de la pulsation et d’une musique souvent thématique, ce qui le rapproche de l’esthétique d’Henri Dutilleux, lui-même héritier d’une certaine tradition musicale française initiée par Ravel et Debussy.

Ce diplômé du CNSM de Paris qui n’a jamais caché son goût pour le cinéma fût enfant acteur et,  plus récemment, compositeur de musiques de film. Cette esthétique particulière s’exprime pleinement dans le trio pour violon, alto et piano Les ombres qui passent qui ouvre le disque : une brume inquiétante aux thèmes obsédants, un mouvement central empli de rythme et d’inspiration jazz, et des images qui spontanément surgissent de nulle part.

Karol Beffa excelle dans la transformation de ses thèmes jusqu’à leur « désagrégation ». Ses pièces pour violon seul (Supplique) et pour violon et violoncelle (Masques I et II) tendent et détendent une cellule mélodique qui se répète à l’envie dans le plus subtil art de la variation. La solitude des instruments offre à l’auditeur une musique nostalgique, désarmante et profonde. Le violon, interprété par Geneviève Laurenceau, est gracieux, poignant. Alors que Mirages pour piano à quatre mains rend un vibrant hommage à Ravel et Dutilleux dans une rêverie méditative, Manhattan déroule une musique rythmique, tumultueuse et urbaine. Cette écriture dynamique, déjà entrevue dans le second mouvement de la pièce Les ombres qui passent, est sûre et efficace. Le piano conduit par Johan Farjot est précis et limpide tandis qu’Arnaud Thorette qui tient l’alto démontre une fermeté technique dans une partition très virtuose. Le compositeur s’amuse, et nous avec : il décline le thème de la vitesse sous toutes ses formes, reprend des rythmes de la musique rock, pop et techno dans un tourbillon furieux et dansant.

Comme une exception dans le petit monde de la musique contemporaine, Karol Beffa jette un pont improbable entre deux rives : d’un côté, le lourd héritage de Bach, Ravel, Bartòk ou Ligeti, de l’autre, une musique nouvelle, à construire. Sous le pont coule une rivière, furieuse – la musique dodécaphonique, et ses avatars. D’un pas allant, Beffa franchit le pont, fier et déterminé. Souvent, il se retourne, mais jamais il ne regarde en bas. De toute façon, l’eau ne l’atteint pas. Il est déjà passé à autre chose.

L’article en ligne sur france2.fr/france3.fr :
http://culture.france2.fr/musique-classique/actu/53615555-fr.php

Karol Beffa - Masques

Masques
Karol Beffa
Ensemble contraste : Arnaud Thorette (alto et directeur artistique) Johan Farjot (piano et directeur musical) Geneviève Laurenceau (violon) et Antoine Pierlot (violoncelle)
Triton, 2009

Arnaud Drillon

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