« Selon l’avis unanime de tous les experts, le premier prix aurait du revenir non pas à la gagnante officielle Loulianna Avdeeva, mais au pianiste autrichien Ingolf Wunder ». C’est écrit noir sur blanc dans le livret de ce disque, en référence, bien sûr, au palmarès de la dernière édition du Concours Frédéric Chopin 2010. Une telle arrogance est rare en musique, pour ne pas dire inédite. Et maintenant qu’on sait qu’elle accompagne un disque aussi faible, heureusement que le ridicule ne tue pas.
Oh bien sûr, il y a cet Andante Spianato op. 22 qu’Ingolf Wunder, avec sa technique souveraine, maitrise à merveille. Pièce brillante et efficace, son effet est quasi assuré. Mais le jeune pianiste autrichien aurait tort de se satisfaire trop vite de ses facilités techniques (malgré tout, quel délié !) et de son toucher, aussi rond et chantant soit-il. Encore faut-il avoir des choses à dire, un propos à soutenir, des idées à défendre. Et bien malin celui qui les trouvera. Non, on trouvera plutôt ici un piano aimable et ennuyant, creux et suffisant, rond et précieux. On retiendra plutôt une 3e Sonate op. 58 et une Polonaise-Fantaisie sans queue ni tête, centrées autour d’un propos séducteur qui tombe à côté. Et l’on s’étonnera, enfin, qu’un tel pianiste puisse donner sans rougir une 4e Ballade op. 52 aussi vide de tout.
Alors qu’il y a de la folie, de la passion, du drame derrière toutes ces notes, Ingolf Wunder s’échine, encore et toujours, à faire du « joli piano ». Bref, ce premier disque est à très vite oublier.
[Cette critique est parue dans le magazine CLASSICA n°137 de novembre 2011 ]


Frédéric Chopin
(1810-1849)
Sonate n°3 op. 58, Polonaise-Fantaisie op. 61, Ballade n°4 op. 52, Andante spianato et Grande Polonaise Brillante op. 22
Ingolf Wunder (piano)
Note : aucune étoile
Arnaud Drillon