Boulez, un certain parcours

Pour faire suite à mon précédent billet sur Pierre Boulez, ci-dessous le concert du 27 & 28 mai à Pleyel. Merci à ARTE vidéo d’être toujours là quand il faut.

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Pierre Boulez, un certain parcours (1), Salle Pleyel
1. Des canyons aux étoiles - Appel interstellaire, Olivier MESSIAEN
2. Musique pour Cordes, percussions et célesta - 2e mouvement, Belá BARTÓK
3. Cinq mouvements pour quatuor à cordes op. 5 - version de 1909 pour quatuor à cordes - I, III et V mouvements, Anton WEBERN
4. Quatre pièces pour clarinette et piano op. 5, Alban BERG
5. Octandre pour huit instrumentistes, Edgar VARÈSE
6. Nocturnes - Nuages, Claude DEBUSSY
7. Cinq pièces pour orchestre op. 16 (version de 1909) - II et III, Arnold SCHOENBERG
8. Une barque sur l?océan, Maurice RAVEL
9. Le Sacre du Printemps - Extrait seconde partie : Danse sacrale, Igor STRAVINSKY


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Pierre Boulez, un certain parcours (2), Salle Pleyel
1. Quatre dédicaces - IV - Encore, Luciano BERIO
2. Anniversary, Elliott CARTER
3. Tema pour douze instruments - extrait, Franco DONATONI
4. Klavierstück V, Karlheinz STOCKHAUSEN
5. Kammerkonzert pour 13 instruments - 3e mouvement, György LIGETI
6. Stele op. 33 - 2e mouvement, György KURTAG
7. Notations - III et II, Pierre BOULEZ
8. Distances, Jean-Baptiste ROBIN
9. entracte
10. Virga, Helen GRIME
11. Conertate il suono, pour orchestre, Marc-André DALBAVIE

Brèves de comptoir

absente***

A Robert Schumann, à qui l’on demanda un jour, alors que pour la société de l’époque il n’était que le mari de la concertiste Clara Wieck : « Et vous, monsieur, vous vous intéressez aussi à la musique ? »

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A Igor Stravinsky, somnolant à un concert où l’on donnait l’Octuor de Schubert :
« Peu importe si je somnole de temps à autre, du moment qu’à mon réveil, je me trouve toujours au paradis. »

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A moi-même (un peu de modestie ne fait pas de mal), un soir au concert :

« L’ennui ? C’est lorsqu’on tient bêtement, à l’entracte, une coupe de champagne à peine fraîche en se demandant encore ce qu’il y a à fêter après avoir écouté John Cage. »

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(A suivre…)

A.D.

De la vie, du piano et des larmes

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Frédéric Chopin
(1810-1849)
Nocturnes (volume 1)
Luis Fernando Pérez (piano)
Mirare MIR111. 2010. 54′33
Note choc

Oui, il y a eu récemment les Nocturnes de Nelson Freire au vrai « beau son », véritable cantabile pianistique.

Oui, il y a eu, il y a longtemps, les Nocturnes d’Arrau, auxquels on s’est tant habitués - même si Chopin, lui, ne les a sans doute pas écrit pour être joués ainsi.

Et puis, il y a tous les autres, innombrables, géniaux, proches, lointains, si nombreux que les citer ne sert à rien… auxquels il faut maintenant rajouter un petit dernier : le jeune pianiste espagnol Luis Fernando Pérez, 33 ans. Un choc.  Après de remarquables sonates de Soler, Luis Fernando Pérez honore Chopin avec des Nocturnes pétris de rêves et d’émotions. Ils respirent tout ce qu’ils savent, chantent, brillent, et Luis Fernando Pérez nous fait rêver. Dommage que la prise de son soit si froide !

La critique de ce disque est parue dans le magazine CLASSICA de juin 2010 et disponible en ligne, sur le site de CLASSICA.

Et dans un tout autre répertoire (De Falla), avec de l’image et du son :
Olé !


A.D.

Ca sent la fin de règne

1489458200_f693d07159Il flotte dans l’air du temps comme un petit vent frais de renouveau. Avant, on chuchotait certaines choses. Tout ne pouvait être dit. Maintenant, on ne les chuchote plus. On les dit un peu plus fort, souvent, encore sous le manteau, parfois, mais on les dit quand même.

Pire, on les écrit, aussi. Et dans Le Monde, s’il vous plait. Le papier de Renaud Machard du 30 mai 2010 sur l’hommage rendu par l’Orchestre de Paris et l’Ensemble intercontemporain, les 27 et 28 mai, Salle Pleyel, à Pierre Boulez pour son 85e anniversaire se passe de commentaires :  L’hommage à Pierre Boulez s’est transformé en un concert “cauchemar“.

Outre les problèmes techniques de ce concert, c’est surtout de l’avenir de la musique dont il est question. Fini la langue de bois et le politiquement correct de la musique bien pensante ?

Après avoir sillonné les chemins de son XXe siècle (qui, il va sans dire, ne comprend, pour la partie la plus récente, ni musique consonante, ni minimaliste, ni spectrale - ne parlons pas du jazz, qu’il déteste), Pierre Boulez a créé deux oeuvres de jeunes compositeurs peu connus, Jean-Baptiste Robin (né en 1976) et Helen Grime (née en 1981). C’est courageux. Mais ces pièces étaient conventionnellement ancrées dans une sinistre esthétique d’avant-garde “fin de siècle”.

Nous revoilà donc dans le débat de l’avenir de la musique - pas nouveau pour un sou, ceci dit - mais relancé il y a peu par Jérôme Ducros dans la revue Commentaires Y-a-t-il une musique après la musique contemporaine ?

Il s’annonce passionnant.

A.D.

Trois Français au concours Chopin de Varsovie 2010

Hélène Tysman aux épreuves préliminaires du Concours Chopin, avril 2010

Hélène Tysman aux épreuves préliminaires du Concours Chopin, avril 2010

L’ultra-sélect Concours Chopin de Varsovie ouvrira ses portes à l’automne. Il se déroule tous les 5 ans et son vainqueur est bien souvent assuré d’une carrière mondiale, tant le prestige et la qualité de sa sélection n’ont jamais été démentis.

Par ailleurs, le jury se réserve même le droit de ne pas distribuer de 1er prix s’il estime que les candidats ne le méritent pas. Un peu comme le célèbre Château d’Yquem (le top des  liquoreux bordelais pour les néophytes), dont les propriétaires peuvent ne pas sortir un millésime si la qualité ou la maturité des raisins n’est pas au rendez-vous.

Quelques lauréats du Concours Chopin qui, depuis, n’ont pas trop démérité :
* 1960 : Maurizio Pollini - Italie
* 1965 : Martha Argerich - Argentine
* 1975 : Krystian Zimerman - Pologne
* 1980 : Dang Thai Son - Vietnam
* 1990 : Kevin Kenner - USA (deuxième prix , pas de premier prix attribué)
* 2000 : Yundi Li - Chine
* 2005 : Rafał Blechacz - Pologne

Le concours se déroulera du 2 au 23 octobre 2010 à Varsovie. Le jury sera composé, entre autres, des pianistes Martha Argerich, Dang Thai Son, Nelson Freire et Philippe Entremont.

Et en ces temps de chauvinisme national (hé oui, bientôt la coupe de Monde de football), soulignons la présence de trois Français à ce concours : François Dumont, Antoine de Grolée et Hélène Tysman. Allez les petits !

A.D.

Le sourire d’Edna Stern

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Je ne connais pas Edna Stern. Pourtant, rien qu’en l’écoutant parler l’autre jour sur France Musique, elle pourrait être cette amie qui illumine une journée, cette bonne copine avec qui l’on parle musique autour d’un verre. Elle a ce sourire dans la voix - que la radio lui rend bien. Il y a ce même sourire dans son piano - aussi chaud que les concerts à Pleyel peuvent être glacés. Un piano sur lequel on voudrait s’accouder paresseusement et regarder ses doigts courir sur le clavier. Un piano qu’on voudrait à la campagne, sur un vieux parquet défraichi, si proche, si humain.

La jeune pianiste sort ce mois-ci un bon CD consacré à Chopin. Elle joue sur un pianoforte Pleyel d’époque mis à disposition par la vénérable Cité de la Musique. La critique de ce disque est parue dans le magazine CLASSICA n°122 de mai 2010 et disponible en ligne, sur le site de CLASSICA.

voir le disque chez AmazonFrédéric Chopin
(1810-1849)
Trois Nouvelles Etudes, Ballades n°2 op.38 et n°3 op. 47, Sonate n°2 op. 35, Valses n°5 op.42, n°12 op. 70/2 et n°7 op.64/2, Préludes op.45 et n°20 op.28
Edna Stern (piano)
Naïve AM197. 2010. 64′
Note ***

Arnaud Drillon

Nicholas Angelich peut (vraiment) mieux faire

7433La première fois que j’entendis Nicholas Angelich en concert, c’était il y a quelques années au théâtre des Champs-Elysées, un soir où il remplaça au pied levé Leif Ove Andsnes sur le 2e concerto pour piano de Rachmaninov. Je me souviens de la façon dont il se jouait des silences pour jamais ne perdre ses auditeurs. Je me souviens de ces ppp à la profondeur abyssale qui faisaient chavirer toute une salle sur trois notes. Je me souviens enfin de ce Nocturne de Chopin qu’il avait donné en bis, à l’exquise finesse.

Un grand pianiste, excellent également sur Brahms et ses pièces tardives. La joie d’écouter Nicholas Angelich interprétant le pharaonique 2e concerto pour piano de Brahms - qu’il joue depuis son adolescence - fut aussi grande que l’orchestre de la Radio de Francfort dirigé par Paavo Järvi m’apparut démesurément massif et dense. Au final, Nicholas Angelich n’en est hélas que plus effacé, et le disque laisse une désagréable impression d’inachevé, une sorte de « peut mieux faire » irrésolu et sans saveur.

La critique de ce concerto par Nicholas Angelich et l’Orchestre Symphonique de la Radio de Francfort est parue dans le magazine CLASSICA n°122 de mai 2010 et disponible en ligne, sur le site de CLASSICA.

41ivfy0-ptl_sl160_aa115_Concerto Pour Piano N°2
Klavierstücke Op.76
Orchestre Symphonique de la Radio de Francfort, Paavo Järvi
Virgin Classics. 2010.
74′37
Note classica : **

Arnaud Drillon

L’éternel retour de la musique tonale

Après Benoit Duteurtre, Jérôme Ducros lance un pavé dans la marre

Après Benoit Duteurtre, Jérôme Ducros lance un pavé dans la mare

S’il existe un débat auquel il aurait été mal vu de participer il y a quelques années (tant la chose était entendue), c’était bien celui-ci : la querelle des anciens et des modernes, des post-sériels et des néo-tonaux sur l’avenir de la musique. Benoît Duteurtre est passé par là, dans son brûlot Requiem pour une avant-garde et pourrait en parler des heures.

Or, le pianiste et compositeur Jérôme Ducros jette un nouveau pavé dans la mare en publiant dans Libération du 16/04/2010 un article savoureux que je vous invite à lire : « Y a-t-il une musique après la musique contemporaine ? ».

En quelques mots et pour faire simple : d’un côté, il y a les « bons » (les descendants de Pierre Boulez, Karlheinz Stockhausen et Pierre Shaeffer), l’Avant garde officielle, brillants auteurs d’une musique réfléchie et pensée, scientifique, électro-acoustique devenue informatique. De l’autre, il y a les « méchants » - voire les révisionnistes (sic) (Beffa, Connesson, Delplace), ceux qui n’auraient « rien compris » à l’évolution de la musique et qui veulent un retour aux fondamentaux : la pulsation, la tonalité, l’harmonie, bref un come-back au chantable. Entre les deux, un myriade d’indécis : ceux qui voudraient bien mais qui n’osent pas.

Et Jérôme Ducros de voir, dans l’avenir de la musique contemporaine, le retour des « méchants » sur le devant de la scène.

Il serait vain de dire qui a tort ou raison, tant un avis sur la question est mille fois nuancé. Il reste que l’air du temps n’est plus à la rupture, me semble-t-il, comme il le fut au lendemain de la guerre lorsque Pierre Boulez se lança avec force et fracas dans l’aventure dodécaphonique. L’époque n’est (hélas ?) plus à la provocation, et d’ailleurs, quel ennui, souvent, dans les salles de concert aujourd’hui, paralysées qu’elles sont par le musicalement correct ! Lisez les comptes-rendus des premiers concerts de Schonberg en 1910 : Le cas Schönberg : Naissance de l’avant-garde musicale. Quelle castagne ! Quelle énergie !!

Il reste que la modernité d’aujourd’hui, comme l’explique Jérôme Ducros, se doit d’être en rupture avec la musique qui la précède, donc en rupture avec la musique sérielle et atonale : «Le summum du moderne ayant été atteint, écrire après, quoiqu’il arrive, c’est «revenir» ». Soit. Mais est-ce forcément un retour à la musique tonale ? Ce serait plutôt une musique « anatonale », comme il l’écrit joliment, qu’il faudrait inventer.

Tout le problème est là. Mais c’est bien pour cela qu’il y a des compositeurs, me direz-vous. Il reste que leur mission face à la page blanche n’a jamais été aussi ardue, tiraillés qu’ils peuvent l’être entre des sons infinis d’une musique informatique sans âme et des instruments qu’on n’invente plus, aux possibilités mille fois explorées.

Il y eut des périodes où un génie musical prenait la suite de l’autre. Et la musique avançait. Aujourd’hui, elle explose en mille faisceaux, comme un immense feu d’artifice. Les plus pessimistes diront que c’est sans doute la fin de la musique, comme d’autres avant eux avaient récemment prédit la fin de l’Histoire. L’esthétique française en tout cas se cherche, et ferait bien de puiser outre-atlantique quelques idées novatrices (la musique de John Adams par exemple). A l’Ouest, il y a vraiment du nouveau.

A.D.

La Barcarolle pour les nuls

Ah, les gondoles de Venise...

O Sole mio

Un titre un peu provoc’ comme celui-là me permettra sans doute d’attirer quelques chalands sur ce blog. Car chers lecteurs, il y a dix minutes, je n’en savais certainement pas plus que vous sur ce genre musical. Et dans ces cas-là, je me fie toujours à mon meilleur allié, j’ai nommé : Le Dictionnaire des Musiques.

Et sur ce thème là, il suggère : « En Italie, il s’agit d’une pièce vocale ou instrumentale, prise dans un mouvement modéré, au rythme toujours ternaire [...] qui suggère, par la répétition constante d’un même rythme de basse, le balancement régulier d’une gondole sur l’eau ». Nous y voilà. J’avais en tête une vague idée d’un chant des bateliers italiens, je suis donc fixé.

Côté musique pour piano, la Barcarolle de Chopin reste l’œuvre la plus connue, il faut bien l’admettre (sans prétention culturelle aucune ; on est un peu dans la base, là). Celles de Fauré, aussi, ne sont pas mal non plus (la Barcarolle n°1 op. 26 notamment). Il est vrai cependant que ma culture pianistique de ce genre musical s’arrêtait là. Mais c’était sans compter sur mon allié de toujours qui m’apprit, en ce beau soir d’avril, que la Barcarolle était la coqueluche des salons parisiens du XIXe siècle. Elle mit à mal la réputation de certains compositeurs qui ne proposèrent apparemment que de la mièvrerie sur ce genre, tels Mendelssohn, Tchaikovski, Dvorak ou encore Massenet (je résume un peu, là). Et d’apprendre enfin que, outre celles de Chopin et les 13 que Fauré a composées, l’opus 108 de Saint-Saëns et celle « extraite des cinq pièces qui composent Im Freine de Bartok » seraient les seules dignes de ce nom.

Toujours est-il que j’ai participé pour CLASSICA à une écoute en aveugle de la Barcarolle de Chopin. Et c’est comme pour un dégustation en aveugle du crus bordelais : au bout du 10e verre, on n’y comprend plus rien. Heureusement, nous n’avions que 12 interprétations différentes et les résultats sont, comment dire, surprenants.

[Lire le compte-rendu de l'écoute en aveugle de la Barcarolle de Chopin]

Côté disque, je ne vous en conseillerai qu’un seul, celui de Fauré par Kun-Woo Paik : plus qu’un choc.

Voir le disque chez AmazonGabriel Fauré
Noctures, Barcarolle, Préludes, Ballade etc.
Kun Woo Paik (piano)
2001
Decca

A.D.

Le paradis blanc de François Chaplin

chaplinL’acoustique de certaines églises n’a parfois rien à envier à celle des meilleurs studios d’enregistrement. La preuve en est avec ce double disque des Nocturnes de Chopin, interprétés ici par le jeune pianiste François Chaplin. La prise de son y est ample et charnue. Elle occupe merveilleusement tout l’espace disponible. Le piano Yamaha est lui aussi magnifique ; ses graves sont denses et profonds. Une esthétique sonore parfaite, pourrait-on dire, ronde et moelleuse, idéale pour une musique aussi rêveuse et expressive que les Nocturnes du compositeur polonais, véritable imitation du bel canto italien si cher à Chopin.

Mais voilà, avec un tel piano, est-ce rendre service à ce répertoire que lui donner autant de volume et d’ampleur, de grandiose et d’intimité à la fois ? Car Chopin aimait jouer ses Nocturnes à l’ombre des bougies (à Nohant, il demandait souvent qu’on les éteigne). Il aimait ce pianoforte Pleyel au son souvent fermé, et effleurait chaque touche, à la limite de l’audible.

Il reste que François Chaplin est convaincant et parfaitement dans son élément. Sans atteindre la profondeur d’Arrau (Philips) ou l’élégance de Rubinstein (RCA), son piano est rond, chaud et précis. Il chante avec envie et ses tempi, parfois surprenants (l’opus 48, l’opus 9 n°1), tombent rarement à côté. L’opus 27 n°1 mériterait peut-être un peu plus d’intimité, mais on cherche la petite bête.

De cette écoute, il reste malgré tout une impression non désagréable mais présente tout de même, d’atmosphère un peu aseptisée et ouatée. Et l’on aurait peut-être envie de moins de perfection, d’un peu plus d’enfer dans ce paradis blanc, aussi séduisant soit-il.

Cette critique est parue dans la magazine CLASSICA n°121 d’avril 2010.
Voir le disque sur amazonFrédéric Chopin(1810-1849)
Les Nocturnes
François Chaplin (piano)
Zig Zag Territoires 2 CD ZZT 100203 (HM).
2009.
Note ***

Arnaud Drillon

Ce soir, j’attendais Madeleine (suite)

inspiration_359955Pour continuer sur cette histoire d’inspiration qui me taraude tant (chacun sa marotte), j’ai retrouvé récemment quelques propos de deux illustres compositeurs qui prêteront sans doute à réfléchir sur cette « Madeleine qui ne vient pas » :

Une interview du compositeur américain John Adams tout d’abord, paru dans Le Monde du 13 mars 2010, sous la plume de Renaud Machart :

J’écris de 9 heures à 17 heures avec un pause, si je ne suis pas absorbé par mon travail au point d’oublier de m’alimenter… On fantasme beaucoup la vie d’un compositeur qui attendrait la mythique inspiration devant un beau paysage. Mais l’inspiration ne s’attend pas, elle se cultive dans l’ordinaire du quotidien.

Frédéric Chopin, ensuite, qui aurait dit, selon ses élèves :

Après avoir épuisé toutes les difficultés, après avoir joué une immense quantité de notes et de notes, c’est la simplicité qui sort avec tout son charme, comme le dernier sceau de l’art…

En est-t-on plus avancé ? Sans doute.

S’il m’est arrivé d’écrire de la musique, c’était bien immédiatement après avoir joué (beaucoup) de piano, changé les enfants, donné à manger au dernier, lavé la salle de bains, passé l’aspirateur, bref dans un quotidien des plus ordinaires et non assis au piano, les bras croisés, levant les yeux au ciel, dans l’attente de ce que je ne sais quoi - « appelons le schtroumph », aurait dit Jacques Drillon (De La Musique, Gallimard) - qui n’arrive jamais.

A.D/