Quand Liszt me titille

Je tourne autour du pot sans cesse. A chaque fois, j’essaie quelques mesures, cherche quelques doigtés, puis m’arrête. A quoi bon. A quoi bon commencer ce Liszt ? Il faut du temps, de la patience, du calme. Tout ce que je n’ai plus. Alors, lâchement, je repousse la chose à plus tard, la mort dans l’âme.

Combien j’envie ces après-midi où, sans planning précis – je n’avais d’ailleurs pas encore conscience d’une telle notion, je me mettais au piano, fumais une cigarette, rêvassais, me remettais au piano, rêvassais à nouveau et déchiffrais tout ce qui me tombait sous les doigts, avide et boulimique de musique que j’étais.

Se remettre (vraiment) au piano est une montagne à gravir sans fin.

Il n’y a plus qu’à.


Franz Liszt : Liebeslied S 566 (Schumann: Widmung)
Piano : Lang Lang

A.D.

Petite musique de nuit

Il y a des disques comme le Schubert de Lewis et Osborne que l’on regrette, après coup, de ne pas avoir plus défendu (critique parue dans le CLASSICA de mars 2011). On a beau l’écouter, encore et encore, la magie reste intacte, l’ensorcèlement tenace, la pureté manifeste.

Prenons la Fantaisie D. 940. Il suffit de l’écouter le soir, avec les enfants, pour revenir de suite à l’essentiel : un petit garçon de 5 ans qui, le regard rêveur et des notes encore plein la tête, va se coucher en chantonnant.

4* pour un tel Schubert, c’est vraiment le minimum.

Franz Schubert
(1797-1828)
Allegro « Lebensstürme » D947, Andantino varié D823, Fugue D952, Rondo D951, Variations D813, Fantaisie D940
Paul Lewis et Steven Osborne (piano)
Note ****

A.D.

Ingolf Wunder trop sûr de lui

« Selon l’avis unanime de tous les experts, le premier prix aurait du revenir non pas à la gagnante officielle Loulianna Avdeeva, mais au pianiste autrichien Ingolf Wunder ». C’est écrit noir sur blanc dans le livret de ce disque, en référence, bien sûr, au palmarès de la dernière édition du Concours Frédéric Chopin 2010. Une telle arrogance est rare en musique, pour ne pas dire inédite. Et maintenant qu’on sait qu’elle accompagne un disque aussi faible, heureusement que le ridicule ne tue pas.

Oh bien sûr, il y a cet Andante Spianato op. 22 qu’Ingolf Wunder, avec sa technique souveraine, maitrise à merveille. Pièce brillante et efficace, son effet est quasi assuré. Mais le jeune pianiste autrichien aurait tort de se satisfaire trop vite de ses facilités techniques (malgré tout, quel délié !) et de son toucher, aussi rond et chantant soit-il. Encore faut-il avoir des choses à dire, un propos à soutenir, des idées à défendre. Et bien malin celui qui les trouvera. Non, on trouvera plutôt ici un piano aimable et ennuyant, creux et suffisant, rond et précieux. On retiendra plutôt une 3e Sonate op. 58 et une Polonaise-Fantaisie sans queue ni tête, centrées autour d’un propos séducteur qui tombe à côté. Et l’on s’étonnera, enfin, qu’un tel pianiste puisse donner sans rougir une 4e Ballade op. 52 aussi vide de tout.

Alors qu’il y a de la folie, de la passion, du drame derrière toutes ces notes, Ingolf Wunder s’échine, encore et toujours, à faire du « joli piano ». Bref, ce premier disque est à très vite oublier.

[Cette critique est parue dans le magazine CLASSICA n°137 de novembre 2011 ]


Frédéric Chopin
(1810-1849)
Sonate n°3 op. 58, Polonaise-Fantaisie op. 61, Ballade n°4 op. 52, Andante spianato et Grande Polonaise Brillante op. 22
Ingolf Wunder (piano)
Note : aucune étoile

Arnaud Drillon

L’intégrale Beethoven de Ronald Brautigam fera date

Avec ce dixième volume de l’intégrale de l’œuvre pour piano de Beethoven, Ronald Brautigam reste identique à lui même : il est aussi excellent que sur les précédents. Sur un Walter fabuleux (pianoforte de 1805 retravaillé par Paul McNulty en 2008), le pianiste hollandais navigue sur les cimes du piano, dessine des courbes mélodiques d’une musicalité admirable et nous, simples auditeurs, le suivons, charmés, admiratifs, haletants.

Son Beethoven est vivant et exalté, et bien souvent déchainé (Bagatelle WoO 52). Ronald Brautigam s’amuse à explorer les qualités expressives d’un pianoforte qui ne demande que ça, tant son répondant frise l’insolence : sa variété des nuances laisse pantois, les atmosphères que parvient à créer Brautigam sont enchanteresses (Bagatelle op. 33 n°2) et la virtuosité un peu folle du pianiste n’en est que mieux rendue. Bref, cette intégrale des Bagatelles de Beethoven est d’une fraicheur exquise. Il est juste dommage que le si magnifique Walter soit remplacé au beau milieu du disque par un Conrad Graf de 1819 (toujours retravaillé par McNulty) assez décevant. Même si le piano gagne en tenue et en rondeur, le son est un peu plus fermé. Le jeu de  Brautigam en souffre quelque peu : il devient plus sec et moins chantant.

Toujours est-il que le pianiste hollandais est en train de signer là une intégrale de référence  de l’œuvre pour pianoforte de Beethoven. Il remplit ainsi un vide discographique important, même si Paul Badura-Skoda (Astree) s’y était déjà frotté, il y a quelques années, avec plus ou moins de réussite.

[Cette critique est parue dans le magazine CLASSICA n°136 d'octobre 2011 ]

Ludwig van Beethoven
(1770-1827)
Für Elise – Intégrale des Bagatelles
Ronald Brautigam (pianoforte)
BIS SACD 1882. 2010. 1h11′
Note ****

A voir : Le site du facteur de piano McNulty

Arnaud Drillon

Un piano dans Paris et la nuit sera blanche

Au centre de la cour, le piano, et tout autour, de l’encre bleue qui poétise et redéfinit l’espace. Une œuvre à quatre mains de l’artiste plasticienne Manon Harrois et du pianiste compositeur improvisateur Nicolas Peigney, qui interviendra en live au fil de la nuit : ça se passera le 1er octobre 2011 à Paris.

Crédit municipal
Cour du Mont de piété
16 rue des Blancs-Manteaux – Paris 4e
M° Hôtel de Ville / Rambuteau
De 21h à 4h -
Performance live à 21h30 et 23h45

Nuit blanche à Paris, édition 2011

A.D.

Les oiseaux ne chantent pas pour Mantovani

Janina Baechle dans le rôle-titre d'Akhmatova, dernière création de Bruno Mantovani

Entendu sur France Inter hier soir, dans une rediffusion du très beau portrait du compositeur et Directeur de Conservatoire de Paris Bruno Mantovani, réalisé par Vincent Josse dans son émission L’Atelier :

« Je n’ai pas de tendresse pour le monde animal » explique Mantovani. « Les oiseaux me dérangent plus qu’autre chose », revendique-t-il en ajoutant « j’ai trop de passion gastronomique pour être attentif au destin d’un animal  ».

Notre ami Mantovani, sans le vexer nullement, me fait penser à notre cher président, n’aimant ni les fromages, ni le vin. Lui, musicien et compositeur de musique, n’aime pas le chant des oiseaux. Voilà qui me laisse sans voix.

http://www.franceinter.fr/player/reecouter?play=79011

A.D.

Les infinies promesses de Daniil Trifonov

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Daniil Trifonov au XIVe concours Tchaikovski en juin 2011, dont il a brillamment remporté le 1er prix.

Que les promesses de Daniil Trifonov sont grandes ! Le jeune pianiste russe (19 ans) a su montrer au monde entier l’étendue de ses talents lors du 16e concours de piano Frédéric Chopin à Varsovie. Ce double disque retrace son parcours, des premières épreuves jusqu’à la finale et son concerto, passage obligé et ô combien périlleux de la compétition.

Et c’est justement sur le Concerto op.11 que le lauréat du 3e prix a donné sa partition la moins convaincante : un piano étrangement en retrait, presque timide et sans spontanéité. Le jeune pianiste avait pourtant fait preuve jusque-là d’une régularité, d’une liberté et d’une insolence rares. Il faut dire qu’avec une technique aussi merveilleuse, tout devient facile. Daniil Trifonov virevolte sur le clavier tel un acrobate, avec une digitalité digne d’un Lang Lang (quels traits sur le Finale de la Sonate op. 58 !) Et lorsque cette virtuosité se double de la recherche d’un « beau son », d’un chant qui si veut riche en poésie et en couleurs, son piano devient vite attachant (le Largo de la Sonate op. 58 par exemple).

On ressort en revanche quelque peu étourdi par tant de virtuosité démonstrative. Le Scherzo op. 39, par exemple, est joué à une allure qui dépasse l’entendement. Et lorsque Daniil Trifonov déroule bien plus qu’il n’interprète, son discours sonne comme une coquille à moitié vide (ou à moitié pleine, c’est selon), qui ne demanderait qu’à être habitée par un peu plus de profondeur. Cela ne devrait pas être insurmontable, et avec de telles facilités techniques, gageons qu’à l’avenir Daniil Trifonov saura nous émerveiller pour de bon.

[Critique parue dans le magazine CLASSICA n°134 de juillet-août 2011]

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Frédéric Chopin
(1810-1849)
Étude op. 10 n°8, op. 25 n°6, Nocturne op. 62 n°1, Scherzo op. 54, Valse op. 18, Barcarolle op. 60, Mazurka op. 56, Scherzo op. 39, Andante Spianato et Polonaise op. 22, Rondo à la Mazur op. 5 etc.
Daniil Trifonov (piano), Orchestre Philharmonique de Varsovie, dir. Antoni Wit
Note **

A.D.

Les poètes sont parmi nous

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Radu Lupu Salle Pleyel

Petite revue des concerts parisiens de ces trois derniers mois.

Avant, lorsqu’on disait Schubert, on disait Schnabel, Kempff, Brendel. Aujourd’hui, on dit Radu Lupu – et tout est dit. Le geste court, le chant noble, le discours limpide : Radu Lupu apporte à Schubert ce qu’une quinte juste apporte à un accord de trois sons : la perfection. Entre un p et un pp, Radu Lupu glisse mille nuances. Entre un Schubert et un Schumann, Radu Lupu dessine mille couleurs (le 11/5 à Pleyel). Joli camaïeu, aussi, que celui proposé par Nelson Freire. Avec Murray Perahia, il est un des rares pianistes à transformer tout ce qu’il touche en or. Nelson Freire a ce piano moelleux et caressant, cette science incomparable du chant. On en oublierait presque que la musique de Liszt est virtuose (le 11/4 à Pleyel). Avec Perahia en revanche, au terme d’un programme fourre-tout, on eut de cesse de deviner l’immensité de ce pianiste, visiblement à bout de souffle. Un mauvais soir, sans doute (le 14/3 à Pleyel).

Avant, lorsqu’on disait Beethoven, on chuchotait Kempff, Gilels et d’autres. Mais bien souvent, on ne disait rien : trop intimidant. Maintenant qu’on a Kovacevich, ce n’est plus pareil. Stephen Kovacevich a cette sonorité pleine et profonde, ce piano soyeux et intense qui vient de l’intérieur. L’opus 110 devient presque familier, si proche, si évident (le 3/3 à Pleyel). Difficile, après, d’écouter le Beethoven d’un Lang Lang. Le piano de l’artiste chinois a pourtant des choses à dire. Mais ses mimiques fatiguent, et à force de rechercher l’effet pour l’effet, on ne le croit plus (le 21/3 à Pleyel). On croit en revanche volontiers Nicholas Angelich lorsqu’il joue un Bach aussi pénétrant et lumineux. Lui que l’on réduit trop souvent à Brahms mérite bien d’autres honneurs ; voilà qui est fait (le 16/5 au TCE). Les honneurs ne manquent pas, enfin, au jeune Rafal Blechacz. Son piano habité fait toujours des miracles sur Chopin et Mozart, mais son Debussy reste encore bien pâle. On attend toujours l’étincelle qui le fera passer du côté des très grands (le 7/6 à Pleyel).

[Cet article est paru dans le magazine Classica n°134 de juillet/août 2011.]

Arnaud Drillon

Le pianiste Daniil Trifonov, 1er prix du concours Tchaikovski 2011

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Daniil Trifonov lors du XIVe concours Tchaikovsky. Source : http://tchaikovskycomp.livejournal.com/

Daniil Trifonov a remporté la XIVe édition du prestigieux concours Tchaikovsky dans la discipline piano. Voila un pianiste prodigieux et ô combien prometteur, que j’ai découvert cette année lors de sa participation au concours Chopin 2011 (il a terminé 3ème).

La liste des lauréats piano de l’édition 2011 :

1st Prize, Gold Medal: Daniil Trifonov (Russia)
2nd Prize, Silver Medal: Yeol Eum Son (South Korea)
3rd Prize, Bronze Medal: Seong Jin Cho (South Korea)
4th Prize: Alexander Romanovsky (Ukraine)
5th Prize: Alexei Chernov (Russia)

Le palmarès complet :
http://www.icontact-archive.com/GhD498kUqhE6lhwozHnP2M55LOCcmrTt?w=1

A.D.

De la musique sur image : le concours Audi Talents Awards 2011

959497030J’ai récemment voulu participer au concours Audi Music Talents Awards 2011. Dans une vie antérieure, en effet, j’ai composé et enregistré quelques pages de musique pour piano. Et comme je me suis vite rendu compte que ma musique pouvait coller sur la vidéo institutionnelle qu’Audi proposait cette année pour le concours, j’ai donc commencé le travail de synchronisation (sous Adobe Première, logiciel merveilleux).

Hélas, je n’ai pas pu aller au bout du processus de participation au concours, découvrant, une fois la synchronisation terminée, que la musique proposée devait être entièrement libre de droits et non éditée. Or, elle ne l’est pas, ayant décidé d’éditer une partie de ma production par Magazine Records en 2009.

J’ai néanmoins choisi de mettre ce travail en ligne pour vous le faire partager ; j’espère qu’Audi ne m’en voudra pas.

Film réalisé par Audi.
Musique composée par Arnaud Drillon – © Tous Droits Réservés, 2009 & 2011
Piano : Thuy Anh Vuong

Note : Le gagnant de l’édition 2011 est Pascal Lengagne. Bravo à lui !

A.D.

Vivre en musique : le secret de l’apprentissage musical en Suède

Extrait de l’excellent site OWNI, une interview de Gunilla Norén, programmatrice musicale de l’Institut Suédois:

[...] En Suède, on a vraiment de très très bons musiciens. La musique fait partie de notre quotidien, un peu différemment de la France. La musique est présente par tradition : à Noël, pour boire. Elle est très présente de manière générale : on est pas embarrassés si on chante mal. Les chorales à l’école, tout le monde y participait. On a des possibilités d’apprendre un instrument : tous mes amis, pourtant de classes moyennes, apprenaient un instrument. On a des cours de musique à l’école, pas seulement la flûte à bec : le piano, la guitare, la batterie, et on chantait les Beatles ! La musique fait partie de la culture en général.

En France il y a une culture générale très développée, plus développée comparativement, on apprend plein de choses. J’ai l’impression qu’en Suède on apprend plus à pratiquer. On a aussi des journées scolaires beaucoup moins longues, on a plus de temps pour les activités extra-scolaires, du coup on a le temps pour apprendre un instrument, monter son groupe de musique. Les Hives viennent d’une toute petite ville, ils disent que la raison pour laquelle on fait de la musique c’est qu’on ne voulait pas faire de sport, et dans notre ville c’était les deux seules options pour faire quelque chose.

Lire l’intégralité du reportage :

http://owni.fr/2011/05/29/la-suede-premiere-%E2%80%9Cpuissance-musicale%E2%80%9D-du-monde/

A.D.